Mieux lutter contre les épidémies : Ces solutions qui nous protègent des virus potentiellement mortels

pandemic concept, close up of scientist holdnig and analyzing planet earth

Face à l’épidémie de Covid-19 et aux menaces grandissantes d’autres virus qui pourraient émerger à la faveur du réchauffement climatique, trois stratégies se complètent : la transmission de l’information, la vaccination, et la protection de notre environnement direct. Sur ce dernier point, des solutions existent, grâce à des innovations françaises et anglo-saxonnes.

« Nous sommes toujours au milieu de cette pandémie de Covid-19, nous aimerions tous que ce ne soit pas le cas, mais nous ne sommes pas à un stade endémique. » Cette mise en garde de Maria Van Kerkhove, responsable de la lutte contre le Covid pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), sonne comme un avertissement face à de possibles « futures grandes épidémies ». Son confrère Michael Ryan, le responsable des urgences de l’OMS, est même plus alarmiste : « La tuberculose est endémique, le paludisme est endémique… Elles tuent des millions de personnes chaque année. S’il vous plaît, ne croyez pas qu’endémique signifie ‘c’est fini’ et ‘c’est bénin’. Nous voyons que les épidémies repartent parce que les niveaux de protection de la population baissent. » Croire que la bataille contre les virus est gagnée et baisser la garde seraient donc de grossières erreurs.

A voir aussi : Focus sur l'adénocarcinome pancréatique

Contrôler la maladie à sa source

La prochaine grande épidémie sera-t-elle celle de la variole du singe ? Si les médias occidentaux s’en sont emparé depuis l’apparition de cas en Europe début mai, cette maladie avait déjà attiré l’attention plusieurs mois auparavant en Afrique. À l’échelle internationale, l’OMS et d’autres instances réclament la mise en place de meilleurs canaux de transmission de l’information, afin de prévenir l’apparition de foyers disséminés partout sur la planète. L’identification des modes de transmission des virus est donc la clé, pour toute future solution à grande échelle. « La plupart du temps, nous n’investissons pas suffisamment dans la détection et le confinement précoce, déplore Ibrahima Socé Fall, directeur-général adjoint de l’OMS en charge de la réponse aux urgences. Donc si vous ne faites pas cela, et si vous ne contrôlez pas la maladie à sa source, nous pouvons continuer à agir précipitamment lorsque les pays développés sont touchés, mais nous ne mettrons jamais fin au problème. »

La crise du Covid-19 l’a montré, il est souvent impossible de « contrôler la maladie à sa source ». Si ce monitoring global échoue pour éviter que l’activité humaine ne « transporte » les virus par-delà les océans, deux solutions s’imposent : la vaccination, comme nous l’avons vu face au coronavirus, et la protection de notre environnement direct.

Lire également : Kinésithérapie et arthrose cervicale : quelles solutions ?

Tuer les virus avant de les toucher

Pour nombre d’épidémiologistes, la question n’est donc plus de savoir si une nouvelle pandémie frappera l’humanité, mais plutôt quand. Il faut donc dès aujourd’hui prendre la mesure des enjeux afin d’en atténuer l’impact. À ce titre, le Covid-19 aura été riche d’enseignements, à commencer par celui-ci : les surfaces que nous touchons sont les premiers vecteurs de transmission. Dans ce domaine, une entreprise française s’est imposée depuis deux ans, grâce à une technologie éprouvée dans la production de billets de banque. Bioguard & Co (filiale d’Oberthur Fiduciaire) propose un procédé virucide, bactéricide et fongicide capable de traiter toutes les surfaces de notre quotidien : tables, écrans tactiles, poignées de porte, emballages… Par application en surface ou intégré dans le matériau, Bioguard a fait ses preuves : « Nous avons optimisé une formule que nous avions étudiée lors de la crise de la grippe A H1-N1, il y a bientôt une quinzaine d’années, avance Henri Rosset, directeur du centre de recherche de Bioguard & Co. On évite à la surface ou au matériau de devenir un nid à microbes. Les propriétés de base du matériau sont maintenues. Bioguard ne génère aucune modification d’aspect. Nous adaptons les dosages en fonction de la surface qui doit être traitée. Il est important de noter que notre produit est sans danger pour l’homme. Il n’y a pas de risque cutané, il est neutre. » L’entreprise, dont les laboratoires sont basés en Isère, a déjà signé plusieurs contrats avec des opérateurs publics et avec des entreprises privées, dans le domaine papetier notamment. En Bretagne, le producteur de papier Krier SAS a ainsi intégré Bioguard dans les ramettes de feuilles A4, proposant ainsi un matériel de bureau respectant les normes sanitaires les plus strictes.

Selon le fabricant, Bioguard divise par 500 ou 1000 le nombre de virus présents sur les surfaces. Le directeur général adjoint de l’entreprise, Nicolas Koutros, entrevoit de très nombreuses applications industrielles et en particulier pour les emballages : « On travaille à la réduction des risques de contamination en complémentarité des mesures vaccinales. L’enjeu de demain [pour l’emballage] repose sur l’intégration de protections sanitaires. Les effets du Covid-19 sur les habitudes de consommation devront être pris en compte par les industriels. » À bon entendeur.

Décontaminer l’air

L’autre principal vecteur de contamination est l’air que nous respirons. Dans ce domaine, le marché est aujourd’hui dominé par une technique américaine datant de la Seconde Guerre mondiale : les purificateurs d’air, autrement appelées High-Efficiency Particulate Matter (HEPA). Utilisables dans les maisons comme dans les écoles, les bureaux ou les centres commerciaux, ces purificateurs ont la cote aux Etats-Unis depuis la crise de 2020, à tel point que le New York Times vient de publier le classement des 47 meilleurs d’entre eux : « Les purificateurs d’air avec filtration HEPA capturent des particules de la taille (et même bien plus petites) du virus qui cause le COVID-19. Le coronavirus mesure environ 0,125 micron (125 nanomètres) de diamètre. Cela correspond parfaitement à la plage de tailles de particules que les filtres HEPA capturent avec une efficacité extraordinaire : 0,01 micron (10 nanomètres) et plus. » En Amérique du Nord, les stars du marché sont les marques Coway, Winix et Blueair.

Plusieurs autres solutions ont été développées ces deux dernières années, d’autres devant encore arriver sur le marché. Les plus florissantes sont les techniques intégrant les UV-C, seuls rayons capables de tuer les virus. Et là, les entreprises françaises ont rivalisé d’ingéniosité. Par exemple, la start-up DT-Solution (Désinfection Technologie Solution) propose un robot autonome, utilisant des rayons ultraviolets pour désinfecter des pièces, comme des chambres d’hôpital par exemple. « Notre robot peut désinfecter en 15 mn la totalité de la chambre d’un patient Covid, contre 1 h 30 avec la manière traditionnelle, se félicite Adam Jelila, cofondateur et directeur général de la start-up. Ce robot totalement autonome est une première mondiale et nous avons voulu qu’il soit accessible. À moins de 10 000 euros, il est bien moins cher que les modèles chinois et américains à 180 000 dollars, qui eux ne sont pas autonomes. » Une intelligence artificielle pilote ce robot de 70 kg et est capable de reconnaître son environnement. À commencer par une présence humaine, car les UV-C sont extrêmement nocifs pour la peau et les yeux.

Une autre entreprise va bientôt défrayer la chronique avec son système KillVid. Créée en 2017, Gamma Pulse est en train de mettre la touche finale à ce procédé qui ne repose ni sur le rayonnement UV-C ni sur les produits chimiques. L’équipe scientifique dirigée par Carmen Dumistrescu a miniaturisé l’effet d’un éclair : « Ce sont des microréacteurs à plasma atmosphérique qui fonctionnent en simultané et à très haute tension, vulgarise la scientifique. Le plasma est déclenché et arrêté 1000 fois par seconde. L’air qui arrive est transmis dans le plasma qui pulvérise virus et bactéries par une énorme décharge. Une puissance que seul le plasma est capable de produire. La nouveauté de cette technologie est qu’elle ne se contente pas de filtrer l’air. On a pratiqué l’expérience simple d’injecter en 5 mn, dans une pièce de 12 m3, un million de virus par aérosol à l’entrée du KillVid. On n’avait aucun virus vivant à la sortie. » Breveté dès 2020, testé dans les laboratoires de l’INSERM, ce nouveau procédé devrait être commercialisé d’ici la fin de l’année.

La grande question sera, à l’avenir, les capacités de généralisation de ces solutions, à l’échelle de la planète. Car tous les pays ne sont pas égaux face aux pandémies, l’exemple de la variole du singe – au début circonscrite dans quelques pays africains sans émouvoir les médias occidentaux – est là pour le rappeler. « Nous devons arrêter cette discrimination, plaide Ibrahima Socé Fall. Quand des maladies touchent des populations défavorisées dans certaines parties du monde, le monde doit s’investir pour protéger ces populations, quel que soit leur nationalité, la couleur de leur peau ou leur religion. »

La balle dans le camp des décideurs

Entre 2020 et 2021, l’épidémie de Covid-19 a provoqué la mort de 14,9 millions de personnes à travers le monde, a comptabilisé l’OMS. « Mesurer la surmortalité est un travail essentiel pour comprendre l’impact de la pandémie, avance Dr. Samira Asma, sous-directrice générale Données, analyse et résultologie à l’OMS. Les changements dans l’évolution de la mortalité fournissent aux décideurs des informations utiles pour orienter les politiques visant à réduire la mortalité et à prévenir efficacement les futures crises. » Au printemps 2020, l’épidémie mondiale avait surpris tous les décideurs politiques, dans les instances internationales comme dans les gouvernements, avec les cafouillages et les erreurs que l’on sait, sur les masques par exemple. Désormais, si une nouvelle pandémie éclate, ces mêmes instances et gouvernements ne pourront pas dire qu’ils n’étaient pas prévenus.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *